lundi 23 février 2015

Nathalie Arthaud sur LCI (samedi 21 février)

Macron et Valls : les démolisseurs des droits des travailleurs

Le recours au 49.3 par le gouvernement pour faire passer la loi Macron et la motion de censure de l’UMP ne furent qu’un concentré de comédie et d’hypocrisie politicienne.
Les médias l’ont rappelé : en 2006, Hollande, alors qu’il était dans l’opposition, avait dénoncé le r ecours au 49.3 par le gouvernement de droite comme « une brutalité, un déni de démocratie, une manière de freiner ou d’empêcher le débat parlementaire ». Un des députés PS de l’époque, Manuel Valls, en demandait même l’abrogation…
Aujourd’hui, les rôles sont inversés, et c’est la droite qui donne des leçons de démocratie... Jusqu’à ce qu’elle revienne au pouvoir et marche sur ses propres boniments concernant la « représentation populaire ».
Hypocrisie encore quant aux prétendues divergences politiques sur la loi Macron. À commencer par les députés « frondeurs » et ceux d’Europe écologie qui ne pouvaient pas voter cette loi du fait de désaccords trop importants. Mais, dès que les choses sont devenues sérieuses, ils sont rentrés dans le rang ! C’est une leçon dont il faut se souvenir car on ne peut pas accorder sa confiance à des politiciens aussi prompts à trahir leurs convictions pour conserver leur strapontin.
Du côté des députés de droite, ce fut la même hypocrisie. Ils ne peuvent pas se plaindre de ce que Macron et Valls reprennent leur politique, alors ils leur reprochent de ne pas aller assez vite.
Quant à Valls, ce petit jeu lui a permis de montrer que rien ne l’arrêtera dans ses réformes pro-patronales et surtout pas les états d’âme de quelques socialistes qu’il dénonce comme attardés.
Cette comédie est écœurante et ne peut pas dissimuler le fond : la droite et la gauche se succèdent pour imposer des lois toutes plus anti-ouvrières les unes que les autres.
La loi Macron n’est pas encore passée au Sénat que Valls lance une nouvelle loi avec Rebsamen, le ministre du Travail. Tous deux ne s’en cachent pas, il s’agit d’adopter les propositions du Medef sur les seuils sociaux et le « dialogue social ».
Avec Hollande, le patronat aura été comblé. Le Medef voulait une réforme des retraites, il l’a eue. Il voulait une baisse du coût du travail, il l’a obtenue avec le crédit d’impôt compétitivité. En prime, avec le pacte de solidarité, le gouvernement lui a même servi une baisse d’impôt.
Mais il y a une chose à laquelle le patronat rêve depuis longtemps : pouvoir négocier « librement » de patron à salarié, de façon à profiter de sa position de force et passer outre les limitations imposées par le code du travail.
Et là encore, le gouvernement s’y est engagé. La loi de juin 2013 a donné le droit aux employeurs de déroger au code du travail s’ils parvenaient à faire signer des accords d’entreprise. En refusant par exemple d’inscrire dans sa loi, au nom du dialogue social, la majoration salariale pour les salariés qui travailleront le dimanche dans les zones touristiques, Macron continue dans la même veine.
Macron a d’ailleurs salué les bons résultats de Renault et de Peugeot en louant le dialogue social. « Les efforts ont payé ! », a-t-il dit. C’est sûr, entre les suppressions d’emplois, le blocage des salaires, l’allongement du temps de travail et l’augmentation des cadences, les ouvriers en ont fait des efforts. Mais ce n’est pas pour eux que ça paye, c’est pour les actionnaires !
Contrairement aux mensonges des perroquets du Medef que sont Macron et Valls, l’entreprise n’est pas le lieu où patron et salariés se serrent les coudes et se partagent les fruits de la réussite. Elle est le lieu de la lutte de classe, le lieu où le patronat se bat pour accroître l’exploitation, et les salariés pour la faire reculer.
Moins de code du travail, moins de recours en justice, place aux accords d’entreprise… tout en affaiblissant la représentation syndicale dans l’entreprise : le gouvernement livre les salariés à la férocité patronale.
Face au pouvoir d’un patron, un travailleur isolé est forcément perdant. Le seul moyen de contrebalancer son pouvoir et la puissance que lui confère son argent, c’est la force collective des travailleurs et leur organisation.
Tout au long de décennies de rapport de force, cette force collective a arraché à la bourgeoisie des lois sociales. Même s’il a toujours fallu se battre dans les entreprises pour qu’elles soient appliquées, elles n’en sont pas moins un précieux point d’appui pour les salariés. Maintenant que la bourgeoisie se sent assez forte pour le faire, elle veut tout liquider avec la complicité du gouvernement. Il faut s’y opposer et cette opposition ne peut venir que des travailleurs eux-mêmes.

jeudi 12 février 2015

Grèves contre les suppressions d'heures et de postes chez les enseignants

Les enseignants du collège Delacroix à Draveil et du lycée professionnel Alexandre Denis de Cerny étaient en grève aujourd'hui pour protester contre la suppression de moyens prévue à la prochaine rentrée.
Concrètement, bien que le nombre d'élève augmente, ce sont tous les groupes en sciences ou en langues, ou encore la possibilité de travailler en demi-groupe en atelier, qui sont supprimés !
Après la visite aux établissements voisins le matin, les grévistes se sont donnés rendez-vous devant l'Inspection d'Académie à Evry formant un cortège dynamique qui s'est fait entendre.
Alors que les discours officiels font de l'Ecole une priorité, la réalité est tout autre puisque les moyens ne suivent pas la hausse des effectifs, et cette situation est générale, bien au delà de ces deux établissements mobilisés.

Alors toutes les raisons de faire grève sont là. Les suppressions de postes, les conditions de travail qui se dégradent mais aussi les salaires bloqués... les raisons du ras-le-bol sont nombreuses !
Rendez-vous est pris début mars pour remettre ça si leurs demandes ne sont pas satisfaites.

samedi 7 février 2015

SNCF Brétigny : la direction nie l'évidence

La SNCF remet en cause les résultats, accablants pour elle, de l'expertise réalisée après l'accident ferroviaire de Brétigny qui avait fait sept morts en juillet 2013. Faisant mine de s'interroger sur le sérieux de cette expertise, elle insinue que les boulons mis sous scellés lors de l'enquête ne seraient peut-être pas les bons.
Ces boulons étaient censés fixer l'éclisse, une sorte d'agrafe entre deux rails, dont le retournement est à l'origine de l'accident. Les experts ont estimé que sur les quatre boulons en cause, trois étaient défectueux. Mais au-delà, ils ont mis en évidence l'état de vétusté de toute l'installation et la dégradation continue de l'entretien des voies depuis vingt ans.
C'est cette dégradation qui, au bout du compte, est responsable de l'accident de Brétigny. La SNCF, qui a diminué au fil des années les effectifs et les moyens consacrés à l'entretien, en est totalement responsable.                                                                                            (Article LO)

vendredi 6 février 2015

La BCE veut mettre à genoux la population grecque

La Banque centrale européenne (BCE) vient de décider, brutalement, de priver les banques grecques d’une de leurs sources de financement. La BCE se justifie en déclarant « qu’il n’est pas possible à l’heure actuelle d’anticiper une issue positive » à la crise grecque.
Une façon, très politique, de mettre un pistolet sur la tempe du gouvernement dirigé par Syriza. Et une volonté d’obliger une nouvelle fois les travailleurs de Grèce à se plier aux diktats des grandes puissances et surtout de leurs banquiers.
C’est intolérable, et il faut espérer que la population grecque ne le tolérera pas et se donne les moyens de se faire entendre de ces requins.

lundi 26 janvier 2015

Après les élections, les travailleurs grecs devront continuer à se battre

Que penser de la victoire de "Syriza" ? éditorial LO de lundi 26 janvier
« Syriza, c’est la sortie de l’euro, la fin de l’aide financière et le chaos », voilà en substance ce qu’a voulu faire croire la Troïka - le FMI, la BCE et Bruxelles - pour décourager les électeurs de voter Syriza. Eh bien, son chantage n’a pas marché. Le peuple grec ne s’est pas laissé impressionner. En votant massivement pour la gauche radicale, il a rejeté l’austérité et les sacrifices, il peut en être fier !
Depuis 2009, les Grecs ont vu leurs conditions de vie s’effondrer. Le chômage a triplé, les salaires et les pensions ont été diminués de 10, 20, 30 %. Des milliers de commerces ont fermé, le système de santé a été largement démantelé, des milliers de fonctionnaires ont été licenciés.
Sauf les quelques centaines de familles liées aux armateurs et au grand capital de la distribution et du bâtiment, toute la population a été frappée. Ingénieurs, cadres, ouvriers, fonctionnaires, tous ont subi les licenciements, les retards et les amputations de salaire. Incapables de faire face aux dépenses quotidiennes, leur vie a été bouleversée.
Des familles se sont habituées à vivre sans électricité, d’autres à se soigner auprès des associations humanitaires et certaines à se nourrir de soupes populaires. Les plans dits de « sauvetage » ont accordé aux banquiers les garanties qu’ils voulaient, mais la Grèce, elle, a été transformée en pays du tiers-monde.
Après cinq ans de descente aux enfers, la population ne se résigne pas aux sacrifices. C’est une leçon pour nous tous et un gage d’avenir.
Aujourd’hui, ses espoirs se tournent vers Syriza et son leader Tsipras. Mais suffit-il de faire confiance à ceux qui se hissent au pouvoir en promettant monts et merveilles ? Sûrement pas !
Nous sommes bien placés, ici en France, pour savoir que l’on a payé cher de telles illusions ! Car ce sont les espoirs mis hier dans de beaux parleurs comme Mitterrand, Jospin ou Hollande qui ont engendré la démoralisation, la dépolitisation et le succès actuel des démagogues d’extrême-droite dans les classes populaires.
En Grèce, les travailleurs en ont aussi fait l’amère expérience. En 2009, Papandreou, dirigeant du Parti socialiste, avait promis de « rompre avec la dictature des marchés financiers ». Une fois au pouvoir, il a veillé à ce que les banquiers soient payés en temps et en heure quoi que cela en coûte aux travailleurs.
L’histoire ne se répète pas à l’identique, mais il faut se préserver des erreurs passées. Ce n’est pas d’espoir dont les travailleurs ont besoin mais de conscience.
Tsipras a promis qu’il fera payer davantage les plus riches, y compris les armateurs et l’Église orthodoxe. Il a aussi promis de renégocier les termes de la dette auprès de la Troïka. À l’heure où tout le monde convient que cette dette ne pourra jamais être payée et que les cures d’austérité ont fait plus de mal que de bien, il obtiendra peut-être des créanciers qu’ils desserrent leur étau. Et avec une dizaine de milliards, il atténuera peut-être les souffrances des plus démunis.
Mais ce n’est pas ce qui sortira les Grecs de la misère et du chômage. Pas plus en Grèce qu’ailleurs, on ne peut créer des emplois et augmenter les salaires et les pensions sans remettre en cause les profits des capitalistes. Pour garantir des services publics de santé et d’éducation dignes, il faut faire payer les plus riches.
Il ne peut pas y avoir de miracle : on ne mettra pas fin à l’austérité sans en extirper ses racines : l’exploitation, le profit et le pouvoir des capitalistes. Et se fixer pour seul objectif de combattre les abus de certains capitalistes corrompus et voyous, comme le fait Syriza, c’est se vouer à l’impuissance.
Pour retrouver des conditions de vie dignes du 21ème siècle, il faut mener une lutte sans merci contre le pouvoir de la bourgeoisie et des financiers. Pour être victorieuse, cette lutte doit s’appuyer sur la force collective des travailleurs et sur leur action consciente car ils sont les seuls à pouvoir réorganiser la société en fonction des intérêts du plus grand nombre.
Ce n’est pas l’objectif de Syriza, mais ce doit être celui des travailleurs grecs. Ceux-ci n’ont d’ailleurs pas attendu les élections pour mettre en avant leurs exigences. Ils ont montré à maintes reprises leur combativité et leur détermination à se battre pour leurs conditions d’existence. Alors, tout ce que l’on peut leur souhaiter, c’est qu’ils continuent.
Si les élections permettent d’exprimer une opinion, elles ne permettent pas de changer le rapport de force avec les capitalistes. Pour cela, les seules armes des travailleurs grecs comme français sont celles de la lutte de classe, les mobilisations et les grèves. C’est de là, et non de Syriza, que peut venir le salut.